Culture & littérature

Au zénith, Feu Chatterton ! ressuscite l’envie de vivre

Au zénith, Feu Chatterton ! ressuscite l’envie de vivre

J’ai assisté au 1er concert au Zenith de Paris du groupe Feu Chatterton !

Jeudi 24 janvier. J’arrive à Porte de Pantin. La température extérieure fige mon rouge amarante sur mes lèvres. Berêt noir vissé sur la tête, c’est d’un pas décidé par le froid que je rejoins mes âmes soeurs du Daron’s Club.

3 quarantenaires dehors et 16 ans dedans.

Notre soirée démarre au bicloune face à la Villette. Des verres de Pouilly-Fuissé servis au bar par un patron affairé augurent d’une belle et grande soirée. Pendant ce temps, la tireuse à bière ne se tarit pas. Les commandes de demi affluent, et toujours, en rythme. Et de façon systématique, la mousse déborde avec frénésie. Dans une trentaine de minutes, c’est concert au Zenith.

« Y’a quoi ce soir les filles : du rock ?

Mieux : C’est Feu Chatterton !

 

Notre hôte reste interdit voire perplexe. Une nouvelle commande pour ce jeune homme accoudé, comme nous, au zinc du Bicloune le replonge dans sa chorégraphie du soir. Et moi, je souris.

Feu Chatterton !

Voilà qui me plonge irrémédiablement dans mes cartons de déménagement. Cet horrible son crissant à chaque fermeture de boîtes qui séquestre mes « objets personnels » pour un temps.

Ce bruit déchirant de scotch marroné qui se déroule, montre à quel point se défaire un temps de nous-mêmes est si compliqué. Ca colle, partout, aux doigts, à la vie elle-même. Changer, partir, évoluer, lâcher prise et oser : un abysse constant qui nous nargue de ses chimères. Comme des sirènes dévorant les pauvres Ulysse que nous sommes, si mal attachés au mât de nos vies.

Pour ce groupe parisien, Chatterton c’est un poète. Un poète suicidé à 17 ans auquel Gainsbourg rend hommage dans une chanson éponyme.

Gainsbourg.

Poète.

17 ans.

Je crois que ma soirée s’annonce des plus savoureuses.

Toutes les 3 nous ricanons de nos dernières facéties. Puis, il est temps.Nous voilà rejoignant le flot de toutes ces oreilles qui marchent vers un Zenith teinté de rouge dans cette nuit bleue. Ce chemin est pavé de bonnes intentions. Je le sens.

Fouille à l’entrée. Regard amusés. L’ambiance est douce et bonne. Nous prenons place dans cette salle chauffée par le groupe Catastrophe. Puis les voilà dans la pénombre. L’humilité s’installe confortablement.

Nos 5 poètes entrent alors sur scène. Et, la voix de Chatterton se fait entendre.

Serait-ce celle des mémoires d’outre tombe de ce club de poètes disparus ?

Elle est rocailleuse, cette voix. Elle vient de loin – du fond de l’âme. Elle est cabossée et se colle aux parois de mon cerveau limbique : celui de l’émotion.

« Au milieu de l’hiver, j’ai découvert en moi un invincible été. »

En guise de prophétie inaugurale, Chatterton cite Camus. Je suis conquise. Un shoot de mot savamment entretenu par des pulsations musicales qui électrisent mon cosmos.

Voilà qu’une dose de Sérotonine court à perdre haleine en plein dans mes veines. Camus avait raison l’absurdité de la vie contre l’irrémédiable lutte pour le bonheur vivre. Et réciproquement.

Les Feu Chatterton ! explosent de vérité : entre cheveux longs pour certains , costume 3 pièces pour d’autre et déhanché copyrighté Bashung ils nous transportent en haut de la montagne, sous la pinède, ou à Paname.

Mon corps ondule comme une Calypso du bord de mer. Peu importe que les loups soient à nos talons, le chant de cet oiseau moqueur nous guide au plus près de notre liberté. Celle du ressentir.

Pour cela, il n’y jamais de facilité textuelle ou musicale dans les morceaux de Feu Chatterton ! C’est aussi intelligent qu’un poème d’Apollinaire, aussi précis qu’un texte ciselé de Gainsbourg et riche comme une rencontre aussi inespérée qu’attendue.

Chaque morceau comporte des ruptures, comme la vie. Ils accélèrent, ils décélèrent, ils exultent. Je sens nos coeurs battre à l’unisson.

Moitié Bashung, moitié Brel, leur rythmique aphrodisiaque hypnotisent aidée par les incantations d’Arthur Teboul  « Nos manteaux de pudeur n’osent vous dire à quel point nous sommes heureux ce soir ». Et nous donc !

Voilà qu’il nous invite à faire l’amour tous ensemble en musique sur leurs morceaux. Quoi de plus plus logique après cette transe musicale qu’on voudrait ininterrompue.

Le zénith respire, le zénith s’enivre, le zénith soupire.

C’est cette fameuse scène du parfum de SÜskind que je vois à présent.

Puis, je sens l’odeur du figuier, je cours avec Ginger, je veux me souvenir de ce moment.

Essayez donc après ça, de vous défaire d’un morceau de Feu Chatterton !

 

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