Ecriture

Il y a 5 ans, je n’aimais pas les vendredis

Il y a 5 ans, je n’aimais pas les vendredis

Un peu de moi par là. Un peu de ma petite vie. Mais surtout de la sienne.

Aujourd’hui, j’ai envie de vous parler du vendredi. Ce jour de la semaine qui démarre le tant attendu week-end.

Ce vendredi que nous espérons dès le lundi. Celui qui nous permet de nous retrouver en famille.

Ici, Le vendredi n’a plus tout à fait la même signification .. Eh Non, je ne me dis plus TGIF* ( Thanks God It’s Friday).

Ouvrir mon agenda et tomber sur ce jour de la semaine, provoque en moi  des frissons le long  ma colonne vertébrale et ce jusqu’au sommet du crâne.

Je suis très proche de ma soeur. Mais vraiment très très proche.

Ce qui lui arrive, m’arrive. Ce qui la touche, me touche.

Janvier. Le mois de l’inquiétude et de l’attente.

 

Les examens s’enchaînent sans que nous réalisions vraiment. Il faut gérer les descentes de moral inéluctables face au silence médical. Et le diagnostic tombe. Injuste, froid, incompréhensible… tout allait pourtant si bien.

Janvier. C’est aussi le mois de la prise en charge. Les rendez-vous médicaux se succèdent. De TEPSCAN en prise de sang. Le protocole se met en place. Les mots qu’on redoute arrivent. En 3 briques : VOMIR – CHEVEUX – PORTACATH. C’est bien de cela dont il s’agit : CHIMIOTHERAPIE et en bonus RADIOTHERAPIE.

Depuis Janvier, un vendredi sur 2, c’est à l’hôpital que ma nièce de 18 ans passe ses matinées, branchée à sa perfusion de cocktail médicamenteux.Elle est devenue sa meilleure ennemie et sa plus fidèle alliée. Un vendredi sur 2, elle est épuisée mais donne le change. Elle est livide mais rit aux éclats.

Nous en sommes à la 5eme cure. Aujourd’hui, elle est lasse…tellement lasse de ce rythme. C’est l’année de son BAC, c’est l’année de son émancipation et c’est surtout l’année de sa vie.

Le pronostic est plutôt engageant et rassurant. Mais, la maladie reste la maladie. Le protocole est marquant à tout point de vue. Ils sont confiants, mais une parenthèse de 6 mois doit  être servi pour erradiquer ce cancer. 6 mois de vie à 18 ans.

Et puis, dans ce champ de bataille, il y a ma grande soeur. Une maman – maman louve – stoppée net dans sa vie quotidienne par le crabe de sa fille. Culpabilité et impuissance la rongent.  » Je n’ai pas fait des enfants que CA arrive ». Aucune mère n’est coupable. Aucune.

Elle a toujours su trouver les mots pour mes angoisses. Elle m’a tellement guidée dans mon devenir mère, tellement portée, tellement apportée. Et moi, je suis là, saisie, choquée par ce qui lui, ce qui nous tombe dessus. A mon tour de la porter et de lui transmettre l’énergie dont elle a besoin.

Faisons face à ce véritable tsunami qui apporte en alternance son lot de soulagement et de craintes.

Et puis, je me souviens de ses mots à la naissance de mon fils, mon premier. Il y a presque 8 ans. Elle pleurait, transportée par mon nouveau statut.  » Ca y est, nous y sommes… nous nous comprenions en soeurs, maintenant, nous allons nous comprendre en mamans ».

Ces phrases sont plus fortes aujourd’hui que jamais. Comme je te comprends.

Pourquoi faut-il vivre ça pour capter sa chance ?

Pour prendre le temps de lire une histoire de plus le soir, pour s’arrêter 3min et  regarder un peu plus ses enfants dormir paisiblement.

Quelque fois, je me surprends à sourire en ramassant les coquillettes jonchées sur le sol après l’orgie du soir.

Et puis, les moments de crises reviennent, la fatigue aidant. C’est aussi dans ces moments là que je pense à ma soeur. Elle qui veut pour sa fille une vie « NORMALE » malgré la maladie. Exercice de style. Pas simple.

Ce soir, elle vient dîner avec son mari. Nous allons leur faire passer une soirée normale. C’est sans doute ce que nous avons à faire de mieux.

Billet du soir, bonsoir

 

Texte écrit le 23 mars 2013… Aujourd’hui, cela fait 5 ans qu’elle est guérie

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1 commentaire

  • Émilie- 26 mai 2018

    Quel bel article tellement empli d’amour ! Et quel hommage à votre sœur et votre nièce ! Vous allez maintenant pouvoir profiter des vendredis ! 😉