Place des femmes

Et si sans le savoir, j’avais aidé Gonzague de Blignières ?

Et si sans le savoir, j’avais aidé Gonzague de Blignières ?

Le texte qui va suivre date d’avril 2014… Je sortais d’un échange musclé voire déconcertant avec des pontes de l’entreprenariat. J’étais alors la créatrice et dirigeante de avisdemamans.com – embauchant 3 salariés. 

Ce texte c’est mon retour d’expérience face, notamment à Gonzague de Blignières (investisseur puissant) qui lance le Mouvement Pour l’Economie Bienveillante #MEB.

Autrement dit, une entité qui souhaite « encourager de jeunes entreprises de toutes tailles à s’organiser autour d’un modèle économique généreux et performant. Ce mouvement entend réconcilier le profit et la générosité, la finance et l’entreprise, la performance et le lien social » (source site MEB)

Il y 4 ans son discours était un poil différent… un poil !

Comme quoi les temps changent… Et j’aime à croire que les gens aussi ! Non ?

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AVRIL 2014

Il y a 3 semaines, je montais sur l’estrade du MEDEF- antre du patronat français.

C’est à l’occasion d’une grande réunion de la Fédération Pionnières (l’incubateur au féminin qui héberge ma société depuis 2 ans- aujourd’hui il s’appelle WILLA), que j’avais été sollicitée.

L’objectif, parler de moi, d’avisdemamans.com et de ma conception de l’entrepreneuriat en général et au féminin en particulier.

J’étais sacrément flattée, fière et motivée.

Il y a 3 semaines j’avais les idées claires mais le verbe fatigué. Et dans ces moments là, j’ai tendance à utiliser l’humour voire la provocation pour discourir. Il est vrai que parfois cet humour se travestit en ironie. Mais jamais en mépris.

Ce jour-là il s’est mû à « mon insu » en attaque prolétaire… Travail de l’inconscient ?

« Elsa veut incarner un nouveau modèle, un nouveau visage de l’entrepreneuriat féminin ». C’est ainsi qu’on scande mon nom et qu’on m’invite à monter les marches sans que j’ai pu valider cette dénomination… Ca démarre fort.

Le cœur battant la chamade, la main tremblante, je saisis le micro.

Et là, sourire figé aux lèvres, je lâche, « Oui, un entrepreneuriat dont l’argent n’est pas le moteur ». Cette phrase n’était que la réaction immédiate au discours précédent d’une de mes consoeurs qui se targuait de dire » Moi, J’aime l’argent. Il ne faut pas monter sa boîte si on n’aime pas l’argent« . (Elle officiait dans les licences de cigarettes électroniques… ). Chacun sa conception tant qu’elle nous éloigne d’acte proselyte.

300 personnes devant moi, 600 yeux ouverts (certains étaient déjà fermés, il faut dire que j’intervenais après 5 autres longues présentations d’entrepreneures). Et puis, surtout 7 « experts » de « talents » assis face à moi  sur la scène dont Gonzague de Blignières.

Banquiers, entrepreneurs, héritiers d’entreprise ou des repreneurs. Bref, un panel de mentors potentiels, des exemples à suivre, des aspirations à devenir en somme. La transmission est clé pour les jeunes entrepreneurs.

Le déroulé est simple. J’interviens 5 min, ils commentent 10 min.

10 min qui auraient du être inspirantes, enivrantes, éblouissantes de conseils pragmatiques tirés de leurs belles années d’expériences…

Et surtout une parole bienveillante à mon endroit. Je suis la relève après-tout.

Que nenni. Voici les remarques qui m’ont été adressées

–       Attention, tout va bien – conseil de confucius. Voilà que déjà le spectre du pessimisme nous envahit. Il faut dire qu’il nous englue dans une sinistrose bientôt trentenaire.

–      Bon courage pour votre levée de fonds Ironie glaçante d’un sociétaire établi qui semble aimer bien plus l’argent que les entreprises.

La meilleure, c’est tout de même celle-ci :

–      L’argent est le moteur de l’entreprise, c’est sa création de valeur. Et ce que votre mépris pour l’argent me choque !

Et c’est une femme qui me l’a lancée au visage. Cette phrase a claqué comme une gifle.

Alors Madame, non, je ne méprise pas l’argent. Déjà parce que je suis bien ignorante en matière de mépris dussé-je en remercier mes parents à jamais, et aussi parce que l’argent est un formidable outil.En revanche, j’ai senti dans votre ton beaucoup de fiel et d’agacement à mon endroit. C’est vrai que je peux être énervante à penser que tout est possible en innovant sur les chemins à prendre, en luttant contre le conformisme et les étiquettes.

Durant cette « confrontation » je dois dire que j’ai été prise d’un rire nerveux intérieur en repassant les propos dans mon essoreuse intérieure.

L’argent comme création de valeur ? Ah ben effectivement, tout s’explique alors…

 Pour ma part, la création de valeur d’une société se mesure sur sa capacité à financer sa croissance, ses projets, ses salariés… sa capacité à embaucher, sa capacité à innover, sa capacité à donner envie à d’autres de faire pareil, de se dire que c’est possible.

Alors bien sûr, sans argent cela n’existe pas. On peut jouer sur les mots et se dire qu’au final nous étions tous d’accord eux, et moi.

Sauf que les mots, le style, c’est important.

Associer « argent » et « création de valeur » c’est bel et bien cela qui me choque…moi.

Car derrière ces mots, cette association de mots,  se cachent actionnariat, fonds d’investissement, entrepreneurs pendus à la corde des financiers qui les rendent exsangues d’un côté et une fiscalité inadaptée aux créateurs d’emploi du futur que nous sommes de l’autre… Je le sais. Je le vis tous les jours.

Quid de l’argent quand le travail redevient un moyen d’accéder à une reconnaissance sociale ?

Quid de l’argent quand on se prive depuis 3,5 ans de salaire pour créer des emplois et qu’ils soient pérennes ?

Quid de l’argent quand on bosse jour et nuit en cumulant les emplois en plus de celui de dirigeant pour avoir à nouveau du plaisir à travailler ?

Ce plaisir, cette envie dont ces « experts »  ou leurs pairs m’ont privée durant mes dernières années de salariat.

Suite à cet échange de 25 min presque humiliantes, je me suis présentée au cocktail … Je devais sentir un peu trop fort « l’économie bienveillante » car tout le monde me fuyait, même les cadres de mon incubateur.

J’étais celle qui n’était pas dans les clous…

Puis, les jours d’après, j’ai reçu une trentaine de mails de jeunes femmes entrepreneures présentes dans l’assemblée. Elles saluaient mon courage d’avoir osé. Point de courage, plutôt une conviction d’être en responsabilité.

Ce matin, j’entends que Black Rock, éminente société de gestion appelle les dirigeants de 150 grandes entreprises européennes à ne pas abuser des dividendes auprès de leurs actionnaires mais de privilégier l’investissement pour l’entreprise.

C’est à dire penser long terme, construire, se projeter, utiliser l’argent à bon escient… ENFIN…

Je me dis que c’est peut-être le début du changement… Une gestion pragmatique, long terme qui ne confond pas vitesse et précipitation… N’est-ce pas ironique que le propre créateur du système en voit sa fin et vire à 180 degré pour le maintenir ?

Soit c’est l’effondrement du système comme un château de cartes et tout le monde perd, soit une discipline positive se met en ordre pour rééquilibrer les plateaux de balance pour la pérennité de celle-ci.

Les créateurs d’aujourd’hui ont encore la foi, les créateurs ont encore l’énergie, les créateurs ont la folie de penser qu’ils peuvent déplacer des montagnes sur un modèle différent de celui de nos ainés…

C’est possible.

Je me disais encore ce matin, quand moi j’y crois, les autres y croient aussi pour moi, avec moi.

Alors non, l’argent n’est pas la valeur de MA société.

En revanche, sa longévité, sa capacité à s’autofinancer, sa capacité à développer de nouveaux projets, l’épanouissement de mes salariés et leur confiance sont de véritables indicateurs de création de valeur…

Quant au TRAVAIL, il reprend alors toutes ses lettres de noblesse dans un véritable effort collectif.

Suis-je idéaliste, naïve ou visionnaire ? Je n’en sais rien. Ce que je sais, c’est ce que je fais au quotidien pour rester fidèle à mes valeurs et mon ambition pour les miens.

Etre libre, être soi et faire. En responsabilité.

Et puis aussi, prévoir quand je serais en capacité de le faire, de faire descendre mon ascenseur social avec une valise de billets à l’intérieur, pour que d’autres puissent l’emprunter eux-aussi.

Et ça, c’est déjà un succès pour la jeune entrepreneuse que je suis.

C’est important les mots.


Retour en 2018.

Depuis j’ai vendu ma société et payé près de 35% d’impôts sur la petite plus-value réalisée après 5 ans de travail acharné sans jamais m’être versé un salaire.

Aujourd’hui, Avisdemamans.com, que je me suis toujours employée à gérer sainement, fait partie du Groupe TF1 et a permis à 600,000 visiteurs uniques chaque mois de trouver une information valable et labellisée AFNOR, à 3 personnes d’apprendre, de construire leur carrière et de diffuser ces valeurs. Et c’est de cela dont je suis le plus fière.

Ah sinon, je vais à nouveau créer une entreprise.

Monsieur de Blignières, on en parle ?

 

 

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