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« Rendre visite aux réfugiés est devenu mon obsession »

« Rendre visite aux réfugiés est devenu mon obsession »

J’avais vraiment envie de consacrer une de mes chroniques aux réfugiés dont on parle tant, surtout après la diffusion de la photo d’Aylan dont j’avais déjà parlé.

Surtout après les propos et manipulations déplorables de Robert Ménard.

J’ai cherché comment en parler, comment dépasser ces images atroces et insoutenables qu’on découvre chaque jour, comment montrer un autre visage que celui de la tragédie… non qu’elle n’en soit pas une – mais j’ai besoin de croire que de tout cela une force et une énergie incroyablement solidaires peuvent se dégager.

En enquêtant, j’ai pu m’entretenir avec 2 femmes, 2 femmes formidables  dont les récits m’ont particulièrement touchée.

Florence est déléguée au Secours Catholique.

Elle était aux 1eres loges lorsque les 104 premiers réfugiés syriens et irakiens en provenance de Munich ont débarqué de leur bus sur la base de loisirs de Cergy, pour y être accueillis.

Florence, cela fait 25 ans qu’elle œuvre au Secours Catholique, alors des élans de solidarité, elle en a vu beaucoup… Mais de mémoire d’engagée, jamais comme celui là.

Le Secours Catholique vit un véritable raz-de-marée de propositions bénévoles diverses et variées : donner des cours de français, emmener les réfugiés faire une balade en VTT, des grands parents qui veulent accueillir des enfants pour le we pour qu’ils jouent avec leur petits-enfants et des médecins qui proposent des consultations gratuites.

Alors bien entendu, Florence s’enthousiasme de cette mobilisation générale et citoyenne. Il va simplement falloir un peu de temps pour que le Secours Catholique s’organise et délègue. Pas simple de gérer ce flux de soutien…

Par exemple, les collectes de vêtement seront prises en charge par le Secours Populaire et les consultations de médecins proposées par Urgence Internationale.

Imaginez un peu, le secours catholique compte 8 salariés et 700 bénévoles « seulement » – bien qu’ils puissent  s’appuyer sur un formidable réseau associatif, cela nécessite tout de même des ajustements.

Certains réfugiés ont beau parler anglais, ce dont elle a cruellement besoin aujourd’hui, ce sont des traducteurs. C’est essentiel de comprendre ces 104 personnes et se faire comprendre.

De sa voix tonique et souriante, Florence me confie qu’elle est fière d’être Cergyssoise car sa ville de 60,000 habitants s’est immédiatement proposée  pour accueillir ces premiers réfugiés.

 « Cergy c’est une ville cosmopolite- l’accueil de population étrangère, on connaît et cela se passe très bien ».

 

Et puis, Florence est surtout fière d’assister à cette mobilisation sans précédent de la part de ses concitoyens.

Quand je lui ai demandé de me mettre en rapport avec quelqu’un sur le terrain, elle me donne tout de suite le nom de Fatima… Fatima, qui 3 jours avant n’était même pas bénévole au Secours Catholique.

A l’heure où  je l’appelle ses enfants font leur devoir.

Fatima est employée de banque, elle a 3 enfants de Wallid 10 ans, Nassim 9 et Hatim 6 ans

Depuis mercredi dernier, jour de l’arrivée des 104 réfugiés, cette cergyssoise leur rend visite tous les jours après sa journée de travail, histoire de voir s’ils ne manquent de rien.

Elle me raconte que le jour de leur arrivée, elle est en RTT et entend que Cergy va accueillir des réfugiés. Alors elle appelle spontanément la Mairie, pas de réponse.

Elle se rend directement sur la base de loisirs pour proposer son aide. Elle ne sait pas encore très bien ce qu’elle peut faire, mais sait qu’elle veut le faire.

Aider les autres, elle le fait souvent notamment en organisant des collectes de jouets qu’elle et son mari Mohammed  apportent 2 fois par an dans des villages berbères au Maroc.

Dans la foule de journalistes présents, avec ses rudiments d’Arabe et son bon anglais, cette native de Douai écoute les récits des réfugiés, a parfois du mal à croire ce qui est dit tant les discours sont surréalistes : « j’ai traversé la Méditerranée sur une chambre à air », « en Hongrie, on nous donnait à manger comme à des animaux ». Les images diffusées quelques jours plus tard attesteront de la véracité des discours et renforcera sa volonté de les aider.

Le lendemain, elle revient. Elle a plus de difficultés à passer les barrages. Elle n’est pas affiliée au Secours Catholique.

Là, un bénévole de l’association la reconnaît et tend à Fatima, musulmane de 37 ans, un gilet.

Un gilet « Secours Catholique ». Ce sera son laissez-passer auprès des réfugiés. La force du symbole.

Depuis 10 jours, Fatima m’a confiée qu’elle ne peut pas s’empêcher de se rendre quotidiennement à la base de loisirs. « L’autre jour, je suis restée dîner avec eux »

«Le rendre visite,  c’est devenu une obsession »..

 

Une petite fille réfugiée posant avec un déguisement de princesse reçu par les donateurs - Photo prise par Fatima
Une petite fille réfugiée posant avec un déguisement de princesse reçu par les donateurs – Photo prise par Fatima

 

Un jour, elle apporte un radiateur pour ce bébé de 4 mois qui a attrapé froid. Le lendemain, elle propose une virée « mosquée » en conduisant ceux qui veulent s’y rendre. Elle accompagne à l’hôpital, un homme ayant fait tous ces km en béquille et qui souffre le martyr de ces multiples opérations aux jambes suite à l’effondrement de sa maison dans les bombardements.

 

2 hommes réfugiés sur la base de loisirs de Cergy - Photo prise par Fatima
2 hommes réfugiés sur la base de loisirs de Cergy – Photo prise par Fatima

 

Elle regarde les photos de leur famille, de leur maison, de leur vie sur leur téléphone portable. « Elsa, ils sont comme vous et moi – je pensais qu’ils étaient miséreux, incultes et pauvres ».

Quand je lui demande ce qui la pousse à tant de solidarité. Elle me dira 2 choses «  je suis épanouie dans ma vie, j’ai mes enfants, mon mari et ma jolie maison, je suis heureuse… ma foi m’invite à la solidarité et j’ai l’impression d’avoir des comptes à rendre » et la deuxième, c’est inévitablement la photo d’Aylan, le petit de 3 ans échoué sur une plage turque. « Quand je l’ai vu, ça m’a choquée » et c’est bien cela qui a appuyé son envie d’aider.

Voilà, j’ai trouvé en ces 2 femmes une façon de retourner ces atroces images en énergie positive et solidaire ce matin.

Et je suis sure que cela a donné des idées à certaines d’entre vous.

RDV mercredi 23 septembre sur France 5.

 

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