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Lettre ouverte au Pape François – « Parle de ce que tu connais, et condamne plutôt ce que tu sais »

Lettre ouverte au Pape François – « Parle de ce que tu connais, et condamne plutôt ce que tu sais »

Mon cher François,

Je viens d’écouter ta prise de paroles place Saint-Pierre à Rome et je dois t’avouer que j’en ai perdu tout sens cardinal.

Parce que contrairement à tes sorties ambiguës habituelles, celle-ci n’a pas lieu à huit clos dans un avion en compagnie de 10 journalistes, mais devant une foule qui attend et boit prêches. Tu es là, en pleine responsabilité.

Voilà les mots que tu as employés pour parler d’avortement.

« Ce n’est pas juste de se débarrasser d’un être humain, même petit, pour résoudre un problème. C’est comme avoir recours à un tueur à gages pour résoudre un problème  »

 

Tueur à gages? Avorter serait donc selon toi, un assassinat …

Ta nouvelle équipe marketing est SACRÉment efficace.

Elle a parfaitement intégré les nouvelles techniques d’ex-communication : le fameux P.O.C (Provocation – Outrance – Connerie)

Elle a donc troqué le missel de l’ancien monde pour des punchlines de pseudos demi-dieux espérant atteindre la nef la plus ultra.

 

François, tes marketeurs en soutanes courtes te font dire n’importe quoi.

Tu devrais te rafraichir d’eau bénite pour reprendre tes esprits saints et miséricordieux

 

55 Millions d’avortements sont pratiqués chaque année dans le monde.

Plus de la moitié dans des conditions pas très catholiques, François.

Tout cela, parce que les gouvernements de certains pays ont décidé pour ces femmes, qu’elles n’avaient pas le droit de disposer de leur corps. Qu’on ne leur donnait pas le choix.

 

Le pape François lors de son audience hebdomadaire sur la place Saint-Pierre, au Vatican, le 10 octobre. ALBERTO PIZZOLI / AFP

 

 

L’avortement n’est pas un crime, François. Et encore moins un assassinat.

Tes propos en revanche, eux, sont criminels.

 

Ils condamnent doublement toutes celles (et ceux) qui ont recours, un jour, à l’avortement, de façon illégale ou non.Non seulement parce qu’ils les taxent de meurtrières, mais aussi parce qu’ils ignorent la souffrance qu’engendre cette prise de décision. Tes propos nient aussi, les risques encourus par toutes celles qui ont avorté illégalement, celles qui ont mis leur vie en danger pour avoir le droit de disposer de leur propre corps. Et surtout, ils sonnent le glas une 2eme fois de ces 50 000 femmes mortes, chaque année, de n’avoir pas eu ce choix. Enfin, ils apportent une terrifiante justification à certains pour continuer d’interdire, comme ton Argentine nous l’a encore démontré récemment.

 

François, sais-tu ce qu’est vraiment l’avortement ? Sais-tu la douleur ? Sais-tu la honte ? Sais-tu le chagrin ?  Sais-tu la culpabilité ?  Sais-tu les stigmates ? Sais-tu la meurtrissure chaque année, aux dates anniversaires ?

« Parce qu’en face d’une femme décidée à interrompre sa grossesse, ils savent qu’en refusant leur conseil et leur soutien ils la rejettent dans la solitude et l’angoisse d’un acte perpétré dans les pires conditions, qui risque de la laisser mutilée à jamais. Ils savent que la même femme, si elle a de l’argent, si elle sait s’informer, se rendra dans un pays voisin ou même en France dans certaines cliniques et pourra, sans encourir aucun risque ni aucune pénalité, mettre fin à sa grossesse. Et ces femmes, ce ne sont pas nécessairement les plus immorales ou les plus inconscientes. Elles sont 300 000 chaque année. Ce sont celles que nous côtoyons chaque jour et dont nous ignorons la plupart du temps la détresse et les drames.C’est à ce désordre qu’il faut mettre fin. C’est cette injustice qu’il convient de faire cesser. » SIMONE VEIL – Discours 1974.

 

 

 

Ecoute les femmes, François, entends les. Ecoute-moi.

Alors,tu parleras de ce que tu connais.

 

Et puis, tu sais, au fond des cryptes, il est de vrais crimes qui tuent des enfances et brisent des vies d’adultes à jamais, faute d’avoir été condamnés.

 

Il aurait fallu des confessionnaux moins sombres, moins isolés pour entendre tous ces petits anges qui ont laissé une partie de leur corps et âmes innocents dans ces mains autorisées à partager le corps du Christ.

 

François, condamne ce que tu sais. Condamne le vraiment.

S’il te plait, balaie devant le parvis de ton Eglise.

 

Et, puisque tes marketeurs semblent aimer les punchlines et puisque notre ère est au collaboratif, en guise de 11eme commandement, j’ajouterais sur la table des lois

« Parle de ce que tu connais, et condamne plutôt ce que tu sais. »

Je t’embrasse François.

Paix sur toi.

 

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6 commentaires

  • Aurore- 11 octobre 2018

    Juste je tique sur la forme… Le tutoiement me paraît limite, à moins que vous vous connaissiez bien sûr.

  • Dominique Costanza- 12 octobre 2018

    J’ajoute quand même que Institutionnalisé l’Avortement en permettant de l’utiliser comme un contraceptif de lux en le rendant remboursable par la sécurité sociale aux frais des contribuables c’est quand même déresponsabilisé les femmes et les hommes par rapport à leur protection.
    Pour ce qui est de vos insultes et vos allusions aux prêtres pédophiles que je condamne et puisque vous êtes maintenant journaliste, aurez vous le maintenant le courage et l’honnêteté de parler des nombreux cas d’lmmam pédophiles ou des rabins pédophiles condamnés par la justice ? Direz vous enfin que 90 % des pédophiles condamnés sont mariés et parents.

  • Goullard Benjamin- 12 octobre 2018

    Bonjour Elsa,

    Je me permets de commenter içi car il est toujours impossible de le faire sur Huffington post…

    Je ne souhaite pas commenter votre article si ce n’est le titre que vous utilisez sur l’Huffington post que je trouve agguicheur (enfin bon vous me direz… il faut vendre du papier) et apportez de l’eau à votre moulin sur les propos du pape.
    Je me permettrais donc d’apporter mon point de vue par rapport à se propos. Je suis d’accord avec vous sur le fait qu’il est peut être mauvais en communication, notamment pour utiliser des mots pareils quand on sait que le monde médiatique est prêt à tout pour créer de la polémique.
    Cependant, je ne sais pas si le fond profond de sa pensée était de comparer l’avortement à un assassinat (cela, vous me l’accorderez est votre lecture personnelle en faisant le lien entre avortement et tuer à gage).
    De mon côté, j’ai eu l’impression que ce qu’il cherchait à dire c’est que lorsque l’on pratique l’avortement, ce serait comme d’avoir recours à un tueur à gage, c’est à dire de ne pas être « conscient » de mettre fin à la vie de quelqu’un, de finalement ne pas être celui qui tire sur la gâchette.

    Mais comme vous l’expliquez dans l’article et je pense que vous en savez plus que moi à ce propos, il semblerait que les femmes soient bien celles qui tire bien que n’ayant pas le doigt sur la gachette.

    Je suis totalement d’accord avec vous que ça a été très mal dit et surtout très mal interprété et qu’en tant que personnalité publique, regardé et prise en symbole, il se doit de tenir des propos plus simpliste et plus compréhensible pour le plus grand nombre.
    Je pense également que le Vatican et l’instance politique que représente l’église est bien plus puissante qu’un seul homme et qu’il ne peut malheureusement pas dire tout ce qu’il voudrait dire.

    Au plaisir de repartager avec vous,

    Cordialement

  • elsa grangier- 14 octobre 2018

    Cher Benjamin,

    Merci d’avoir pris le temps de réagir
    Le sujet est très sensible – vous pourrez le noter aux remous qu’a suscité ce papier, et les autres sur ce thème.
    Je reste persuadée que L’emploi des mots n’est jamais le fruit d’une maladresse et encore moins à ce niveau d’incarnation surtout quand 100% de votre temps est consacré à des prêches justement.
    Le Pape a ses opinions, ses doctrines, ses convictions. Je ne remets cela nullement en cause.Je le respecte sans pour autant être d’accord. Ce que je pointe du doigt ici, c’est le champ de la responsabilité. Il sait que l’utilisation de ce genre de mot va provoquer un soulèvement. Que cherche-t-il ? A faire changer les lois ? à revenir sur des acquis ? à montrer que l’Eglise est puissante quand elle décline dans gd nb de pays ?
    Et, ce que je pointe aussi c’est le manque d’exemplarité et de cohérence dans l’appréciation de la notion de « crime ».
    Je continuerai à respecter son point de vue, et je continuerai aussi à militer pour que les femmes disposent de leur corps comme elles le souhaitent.
    Au plaisir de partager aussi

  • CHANCEREL- 14 octobre 2018

    Madame,
    En réponse à votre message polémiste et à votre attaque très violente envers le pape François, je répondrai avec j’espère une certaine sagesse que les propos me paraissent aussi outranciers d’un côté comme de l’autre. Je suis moi-même scandalisé par toute agression commise contre un enfant par un adulte, que ce soit tout acte de pédophilie ou encore pire l’infanticide (quand on ne laisse pas le choix à l’enfant de se défendre). Ce qui manque à notre société, c’est l’écoute, le pardon et la miséricorde. Une femme qui avorte, c’est une femme en plein désarroi et qui souffre. En aucun cas, elle ne doit être jugée mais ce geste ultime doit être réfléchi et mérite un accompagnement psychologique ou spirituel selon les convictions de chacun. Si ce débat ostracise encore une partie de la société contre l’autre, c’est que la loi de Simone Veil même si elle est légale n’emporte pas toutes les adhésions.
    Par ailleurs, je suis tout autant choqué par les actes pédophiles commis par des éducateurs, des enseignants, par les religions qui autorisent des mariages entre des hommes de 50 ans et des fillettes de 10 ans ainsi que par le viol généralisé des femmes et des fillettes dans certaines guerres tribales en Afrique.
    Je ne pense pas que crier avec les loups soit la meilleure manière d’apaiser les pensions.

    Très sincèrement

  • elsa grangier- 14 octobre 2018

    Cher Monsieur,

    J’entends vos propos que je respecte. Une femme (ou un couple) qui souhaite(nt) avoir recours à l’IVG est d’abord une femme ou un couple qui souhaitent avoir recours à l’IVG. Il y a autant de ressentis que de femmes et d’hommes dans cette configuration.Et leur permettre de choisir c’est les considérer en capacité de prendre cette décision.C’est une affaire personnelle ou de couple. L’Etat garantit la protection et la santé de ses concitoyens et c’est entre autre pour cette raison que la loi Veil est passée. Un progrès social et de santé publique encadré par des critères strictes. Et ainsi des femmes arrêtent de mettre leur vie en danger en ayant recours illégalement à l’IVG que la décision vienne d’elle ou de leur couple. Et je suis fière que notre Etat l’ait compris depuis 1975 et je m’attache à faire en sorte 1/qu’il ne l’oublie pas 2/que d’autres fassent de même.