Atelier d'écriture

Derrière la blouse de mon gynéco #storydujour

Derrière la blouse de mon gynéco #storydujour

Pour ceux qui aiment écouter

 

 

Et ceux qui aiment lire

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J’ai remonté l’avenue Arnold Netter dans le 12eme – il faisait froid. Les mains dans les poches j’avançais, résistante face au vent. Espérant que le vent glacial sècherait automatiquement mes larmes avant qu’elles ne déferlent.

Je sortais d’un rendez-vous chez mon gynécologue.Je ne pleurais pas pour cause de violences dans les étriers ou de maltraitances au regard oblique. Je venais d’effectuer ma visite de routine – le contrôle technique comme je l’appelle. On s’apprécie mon gynéco et moi. 6 grossesses et 3 enfants, ça rapproche. On parle souvent politique entre 2 spéculum.

A la fin de la visite, je lui ai demandé de ses nouvelles. En 12 mois, il peut s’en passer des choses dans une vie. « Comment allez-vous ? » C’est La voix serrée, qu’il m’apprenait que sa femme souffrait d’un cancer digestif  « oh et moi, je me plonge dans le boulot » Que je l’ai trouvée longue cette rue. Je pensais à lui. Au fait qu’il m’ait lâché ça, comme ça. Sans péridurale. Lui si économe de mots personnels. Une forme de délivrance sans doute

J’ai repensé à ma question : Lui demander comment il allait, c’est me dire que sa femme est malade. Je n’ai pu m’empêcher de me dire qu’ils étaient fusionnels. Ce colosse délicat a perdu de cette drôlerie qui m’a tjs fait désacraliser « ces contrôles de routine ». Oui. Il riait moins ce soir. En me répondant, il a retiré ses lunettes. De ses mains qui ont accouché tant d’enfants, et sauvé 3 femmes, il a essuyé ses yeux de mari triste et désemparé.

Celui qui a accompagné tant de couples, de femmes vers la maternité semblait ne pas trouver son propre chemin. Et puis, J’ai surtout pensé à elle que je connais aussi : sa douceur, son regard bienveillant et sa pointe d’accent libanais si exquise. Soudain, je l’ai imaginée sans cheveux. J’aime tellement sa formidable toison d’or. Elle a toujours suscité mon admiration tant elle me paraissait soyeuse, délicate et disciplinée.

C’est elle qui me pesait et prenait ma tension à chaque visite de grossesse. Elle était toujours le 1er visage qui m’accueillait à la maternité. Elle a regardé mes enfants se fabriquer, mon corps évoluer, a su calmer par sa douceur mes angoisses intempestives, a toujours trouvé des solutions à chacun de mes problèmes sans jamais juger de leur nature parfois futile.

Ella a 60 ans. C’est si jeune pour être envahie par un putain de cancer.  Et si étrange de sentir la mort nous frôler après avoir travaillé tant d’années au royaume de la vie.

Ce soir derrière la blouse de mon gynéco,  j’ai vu un homme.

Ce soir derrière la blouse de mon gynéco, j’ai vu un cœur.

Ce soir derrière la blouse de mon gynéco , j’ai surtout vu un peu de nous tous.

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5 commentaires

  • Sabrina- 20 novembre 2018

    Cela me touche.
    Le gynecologue qui m’a opéré en urgence d’un fibrome qui me mettait en tres mauvaise posture. Est décédé qq mois plus tard d’un cancer foudroyant.
    Il m’a sauvé la vie. Et grâce a lui j’ai pu avoir 3 autres enfants.
    Mais lui personne n’a pu le sauver.

  • Karine- 20 novembre 2018

    Merci, c’est très bien écrit et vos mots résonnent dans ma vie actuellement.

  • Ludivine- 21 novembre 2018

    Cela me rappelle l’histoire de mon 1er gynéco qui était celui qui m’avait mise au monde. Il était un grand-père pour moi :rassurant, bienveillant, protecteur, joyeux, il avait les mots et la sagesse de l’expérience mais de la vie.
    Lorsqu’il a pris sa retraite de l’Armée pour continuer à exercer en cabinet, impossible pour lui d’abandonner ses bébés comme il disait, le soir il apprenait que sa femme adorée avait un cancer gynéco. 3 mois plus tard elle était partie, il était terrassé et en colère comment lui le Pr en gynécologie obstétrique, cancérologie et chirurgien n’avait rien pu faire pour la femme qu’il aimait, la mère de ses enfants, elle qui n’avait que 52ans.
    Il s’est noyé dans le travail et en faisant le papi gâteau tous les mercredis.
    On aimait parler de plein de sujets et le dernier jour avant sa retraite il a sorti d’un tiroir un énorme dossier qu’il voulait que je lise. C’était le dossier de présentation du Gardasil, il faisait partie des médecins qui l’ont mis au point! Et il m’a dit :  » je ne pouvais pas m’arrêter en ayant pas essayé de faire en sorte que le maximum de jeunes filles soient protégées pour vivre sereinement leur vie de femme. Je lui en ai fait la promesse quand elle s’est éteinte.  » J’avais les larmes aux yeux car le vaccin était dispo depuis 4ans et il n’avait rien dit à personne même pas ses enfants. Il a pris sa retraite, papi gâteau à plein temps mais une partie de lui se sentait coupable d’avoir abandonné ses patientes, ses bébés, les femmes son combat.
    Un mois après, il nous a quittés à 84ans après 60ans au service des femmes comme il disait car ça lui manquait trop. C’était sa vie, son combat, sa passion, son coeur.

  • elsa grangier- 24 novembre 2018

    Merci beaucoup

  • elsa grangier- 24 novembre 2018

    Il y a toujours une histoire qui nous marque