Atelier d'écriture

Atelier d’écriture n°274 – Vision du monde

Atelier d’écriture n°274 – Vision du monde

Pour mon plaisir et mes projets,  je lis. En ce moment beaucoup, je ne cesse de fureter en librairie, sur les réseaux, tous les réseaux.

Convaincue depuis longtemps que les hasards ont des airs de rendez-vous, la découverte du  joli blog littéraire Bricabook en est la parfaite illustration.

Elle s’ajoute aux quelques signes reçus ces derniers mois. Un doux remerciement de David Foenkinos sur un petit texte inspiré par la Délicatesse et enfin ce post    » Atelier d’écriture n°274 : Une photo, quelques mots … » subtilement déposé par Bricabook

Car oui Bricabook organise des ateliers d’écriture pour ceux qui veulent raconter des histoires, partager leurs émotions, transmettre un message de la plus forte des manières : les mots. Et moi, les mots j’adore ça.

Reste à savoir si ils m’aiment un peu aussi…

Allez, je me lance.

Cette photo de Vincent Hequet est un point de départ à l’inspiration proposée par Bricabook.

Ensuite, texte libre. Et là, sous la photo – le mien…

Commentez où vous le souhaitez, sur le blog, mon FB ou autre : je lirai tous vos messages qui nourriront la nécessaire persévérance liée à l’exercice. Vous imaginez bien…

Regardez bien cette photo, puis à vos yeux de lire.

arbre
© Vincent Héquet

Atelier d’écriture – Vision du Monde

Il m’a fallu partir. Partir, loin de ce moi que l’amertume avait assiégé. Elle dégoulinait par tous les pores de ma peau.

Partir loin de celui que j’étais devenu après l’accident.

Une bouche d’égo trop pleine.

Le lien s’était dissous dans l’aigreur. Et, Elle avait fini par disparaître. Nous avait laissés là, en tête à tête – moi et mon indomptable colère envers le monde entier. Voilà, plus personne pour arbitrer cet insatiable, et délicieusement pervers règlement de compte.

Moi, Je n’avais rien vu, bien trop aveuglé par mes petits marchandages de fausse résilience. Et puis un jour, ces mots, arrachés par mon oreille dernière connectée à ce monde.

« Là-bas, à nouveau, tu contempleras la beauté avec ton intériorité comme miroir. » Christophe André, une chronique sur France Culture. Je n’ai rien compris mais j’ai entendu.

C’était décidé, je partais pour la région des grands lacs au Canada.

Les grands espaces apparaissent comme de bons remèdes pour un esprit devenu tout petit, rabougri et si moche.

5 jours de marche coupé du monde dont j’étais déjà depuis bien trop longtemps.

A mesure de l’avancée de mon périple, étrangement la clarté revenait.

Je sentais mes pas s’enfoncer dans un sol meuble et accueillant. Juste assez de profondeur pour que je puisse prendre appui et enclencher le pas suivant.

J’imaginais mes traces laissées parmi toutes celles qui m’avaient précédé et me précédaient encore. Je sentais la fraternité de la cordée me guider doucement. Le même sillon et pourtant chacun sa direction, sa propre quête.

Le moindre de mes muscles s’accordait aux autres en un seul et même orchestre à l’unisson d’une nouvelle symphonie. Main droite posée sur ma cuisse droite, je souriais en sentant la tension de l’ischio jambiers sous la toile imperméable de mon pantalon.

C’était bon et surtout c’était doux.

Je serrais légèrement ce corps qui m’était devenu si encombrant, puis l’empoignais un peu plus fort, en signe de reconnaissance pour cette étincelle ravivée.

Une brise subtile transportant de multiples parfums caressait mon visage. Elle attirait inéluctablement mon cou , comme les notes d’un dresseur de serpent.

Puis, sentir les effluves de bruyère, de violettes, de terre humide prendre forme dans mon esprit obscur, se rappeler à mémoire éteinte par intérim. Sentir. Encore. Sentir. Plus fort.

Petit à petit, la lumière se faisait. Enfin.

Et, le poids de mon sac à vie gagnait en légèreté.

Le 5ème jour : j’arrive au bout de mon voyage. La fraicheur du lac, le tourbillon du vent qui s’attarde en dansant entre les parois des montagnes, et puis surtout le claquement de l’air dans les rubans noués par mes prédécesseurs sur cet arbre. Seul témoin de notre passage.

Alors, les yeux clos, je redessine l’ovale de son visage, l’empreinte de son sourire et surtout la douce caresse de ses yeux. Je repasse ma main dans le creux de ses reins en suivant la ligne de ces montagnes que je devine au loin.

Je sens la pression de la corde autour de ma taille. Comme lorsqu’elle s’accrochait à moi.

Je la serre avec joie acceptant son aide.

Je fais quelques pas vers l’avant pour rencontrer l’arbre aux rubans chantants.

Dans ma main, vient se glisser un tissu satiné.

Sur mon visage la douceur d’une paume réveillant les rides d’une époque où je me voyais sourire. « Il est temps que tu accueilles ce monde et cette nouvelle beauté que tu as la chance de percevoir là où certains ne la voient pas »

Les 5 jours passés en compagnie de mon guide silencieux m’ont réveillé – sorti de mon obscurité égoïste.

Je ne lui en veux plus. Elle ne pouvait plus aimer celui qui ne s’aimait plus.

J’accroche précieusement mon ruban, l’entend claquer de colère. Il peine à trouver son rythme, puis accepte de se laisser emporter pour se fondre dans l’harmonie des autres et créer sa propre musicalité.

Apaisé, il a trouvé sa place.

Je suis heureux.

Je repense à l’accident. Et miraculeusement, la gratitude m’envahit !

En perdant la vue, j’ai gagné la vie.

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5 commentaires

  • JAK- 05 septembre 2017

    Un beau texte lu d un seul soufle , avec une chute inattendue, un modèle de résilience

  • Jos- 05 septembre 2017

    Un texte superbe, touchant et fort sur la renaissance d’un être égaré, sur la volonté retrouvée d’accepter l’inéluctable et d’accepter de vivre (et non de survivre). J’ai adoré ce texte, sa construction, les mots choisis… Bravo et merci pour cette belle lecture.

  • elsa grangier- 05 septembre 2017

    A mon tour d’être touchée par votre regard et les émotions ressenties.

  • Leiloona- 06 septembre 2017

    Belle découverte que te plume !
    Sois la bienvenue sur l’atelier ! 😉
    J’ai bien aimé ton histoire, surtout la fin : une sorte d’Oedipe qui découvre la vérité des choses une fois aveugle.

  • adèle- 08 septembre 2017

    J’aime beaucoup cette idée de la renaissance par l’effort, et du corps comme médiateur entre l’esprit et la douleur.
    Je suis paresseuse, j’aurais aimé en savoir un peu plus, sur cette personne, son passé, mais tu me laisses imaginer à ma guise.
    Un texte plein de sensibilité.