Atelier d'écriture

Atelier d’écriture #285 – Une vague d’espoir

Atelier d’écriture #285 – Une vague d’espoir

Une nouvelle participation aux ateliers d’écriture de Bricabook sur l’inspiration de cette photo de ©Leiloona

La version audio

 

Mon texte ci-dessous :

 

 

Qu’elles sont proches, ces bouées. Elles murmurent.

Et se font entendre au clapotis des vagues légères qui viennent doucement les lécher. La mer est calme, douce et lumineuse.

Ces flotteurs de plastique dessinent enfin les signes d’une terre si proche.

Idriss a tant nagé, tant espéré pour arriver là.

Ses bras, ses jambes, son corps se sont déployés avec acharnement, détermination et rage. A en oublier le froid continu de l’eau qui infiltrait  tout son être et immobilisait ses gestes de nageur d’infortune.

Personne ne veut quitter son pays. Personne.

Quand le bateau a chaviré, il n’a pensé à rien d’autre qu’à cet espoir d’une vie meilleure.

Qu’au regard de sa fille hébété de voir son père partir.

Qu’à l’angoisse de sa femme s’il échouait comme un navire sans capitaine.

Il s’est battu comme un diable quand ses compagnons sont tombés à l’eau. Comme un diable pour vivre lui, hésitant à tendre la main. A en chasser sa part d’humanité, dans les profondeurs de la Méditerranée . Celle qui, pourtant, l’avait uni aux autres échoués d’une guerre sans nom.

Le bateau retourné, il a résisté aux mains qui l’ont agrippé pour s’en sortir, les a laissées libérer l’étreinte sans se retourner.

Droit devant. Nager encore. Nager plus fort.

Toujours. Coute que coute. Ne penser ni à la douleur, au froid, à la faune sous-marine.

L’instinct de survie l’a dominé.

Sinon à quoi sert tout cela ?

A quoi sert de tout quitter, de tout risquer ?

A quoi sert de vivre si ce n’est pour ne plus exister.

Il n’y a pas de fuite mais une impérieuse nécessité.

A l’approche des bouées et devant ce grand Ferry qui assure les croisières des vacanciers européens – il panique.

Ai-je eu raison ? Sauront ils m’accueillir ? Comprendront-ils ?

Il est si fatigué de ce voyage. Les muscles tendus et endoloris, Idriss lutte pour offrir à son âme ses dernières brasses vers la liberté.

La chaleur des éclats du soleil apporte un peu de quiétude aux tourments de son âme. Il pense à sa fille, à ce qu’il lui a raconté de l’Italie. Il se retourne, couche son dos sur la mer étale. Un peu de repos. Son regard se perd dans le bleu du ciel, lui fait oublier la nuit noire. Il s’était senti si petit dans l’immensité de l’eau, le cercueil de tant d’autres avant lui.

Voilà que son corps grandit à mesure qu’il approche, porté par ces flots devenus amicaux.

Il sourit. Détendu. Exténué. La foi revient.

Demain est un autre jour. Il en est certain.

Il n’a pas le choix.

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4 commentaires

  • Jean-Marc- 27 novembre 2017

    Merci encore Elsa pour ce joli texte comme tu sais si bien nous les offrir. La fuite et la liberté ont aussi été le thème de mon texte de ce matin.

  • Leiloona- 27 novembre 2017

    Et au bout du chemin, combien de personnes à croire encore en notre terre d’accueil ? Combien vont déchanter face à notre réalité et notre obscurité ? :/
    Le texte fait écho à celui d’Amor.
    J’ai aimé ta façon de le faire grandit dans la nage, l’espoir, oui, essentiel.

  • Jos- 28 novembre 2017

    Un texte très poétique pour parler d’une réalité si terrible ! J’aime la façon dont ton personnage évolue, dont il s’acharne à y croire…même s’il n’a pas le choix !

  • Estelle- 29 novembre 2017

    Je trouve ce texte plein d’espoir même s’il renvoie à une horrible réalité…