Atelier d’écriture #279 – Ligne de fuite

Le 08-10-2017

Ma routine hebdomadaire : participer aux ateliers d’écriture de BricaBook .

Cette semaine, encore une photo inspirante de Kot avec en prime un Voyage à New-York :-)

 

Bonus track : la version audio en bas de texte … pour les amateurs.

Capture d’écran 2017-10-08 à 23.14.43

 

LIGNE DE FUITE

Marilyn avait pris son temps ce matin.

Celui de se coiffer, de se maquiller, de s’habiller.

Elle avait même ressorti sa jupe droite, en cuir. Sa préférée.

Depuis combien de temps ne l’avait-elle pas portée ?

5 ans ? peut-être davantage. C’est vrai qu’elle était jolie cette jupe !

Suffisamment longue pour découvrir ce qu’il faut de l’ondulation d’un genou et parfaitement fendue pour révéler la courbe d’une cuisse. Se sentir femme à nouveau. Exister.

Marilyn restait un bon moment à se redécouvrir dans son miroir.

Elle remercia cette fissure dans la glace de la psychée : grâce à elle, elle se voyait en double.

Une nouvelle Marilyn, juste là, tout à côté, comme une renaissance…

C’est dans le sillon du miroir que se figea son regard. Elle enfila sa 1ère boucle d’oreilles. Maladroitement, elle laissa la seconde tomber sur le sol. A la hâte, elle se baissa pour la ramasser. S’arrêta accroupie pour lutter contre une vive douleur à la cage thoracique. Elle se releva et, déterminée, replaça la boucle dans le lob de son oreille. Doucement, elle glissa une main  compatissante sur cette côte si sensible. Celle-là même,qu’Erika enragée, brisa 3 jours auparavant.

Des mots rudes, le ton qui monte, une dispute, une gifle, puis deux… Et puis, des coups plus violents qui partent et fusent inlassablement.

Au sol, Marilyn enroulée sur elle-même en position foetale, peine à faire sortir ses mots

« Arrête, s’il-te plait, supplie-t-elle entre 2 sanglots… arrête, je n’en peux plus…

– Regarde toi ! balança Erika. Tu ne mérites que ça, Tu es ME-DIOCRE, MI-NABLE. Mais qu’est-ce que je fous avec une vermine pareille…relève toi ! Relève toi bordel !

Marilyn, tremblante, obéit et fit face aux agressions de sa bien-aimée. Et dans un énième accès de rage, Erika la molesta si fort, qu’elle finit à terre entrainant le miroir qui se fendilla sur sa cote.

Depuis 5 ans, Marilyn vivait l’enfer dans les yeux doux d’Erika. Eperdument amoureuse, elle cherchait constamment à comprendre ce qu’elle faisait mal pour tenter de justifier de tels assauts de violence. C’est vrai qu’elle ne valait plus rien. Elle avait tout quitté pour venir à New-York et tenter l’aventure de Broadway. Puis, avait abandonné ses rêves de danseuse de comédies musicales pour satisfaire sa belle. Pour elle.

Car sa rencontre inattendue avec Erika, directrice de casting lui semblait être de l’ordre du miracle. Elle, cette fille de l’IOWA peu habituée au standing de la upper-class new-yorkaise et encore moins à pouvoir vivre librement son homosexualité.

Librement…

A grands coups de Méthode Couet, elle s’était toujours répétée « Erika est si fatiguée ces derniers temps. Demain, ça ira mieux. J’ai tellement de chance qu’elle m’ait regardée dans ce bar. Avec elle, je suis si libre d’aimer. Ce soir je lui ferai couler un bain, la masserai et nous ferons l’amour comme au tout début… ».

Ce matin, quelque chose avait changé. Son double dans la psychée. L’emprise de cet amour sur la côte. Cette lumière au bout de sa rue.

Marilyn était résolue, décidée.

Elle enfila son trench-coat, pris quelques babioles et surtout ses affaires de danse.

La main sur la poignée de la porte, elle regarda par le juda. Le couloir était parfaitement vide. Fermement elle ouvrit la porte . Puis la referma derrière elle, en délivrant tout ce qu’elle retenait d’air depuis 1 minute. Elle reprit une grande inspiration, si forte qu’elle avait l’impression que ses poumons se consumaient.

3 étages, 3 petits étages la séparaient du dehors. Du bruit de la rue, de la vie qui grouille, de l’énergie si inhérente à New-York qu’elle avait oubliée depuis trop longtemps.

La voilà sur le trottoir, statique. Elle leva les yeux pour suivre le peu de ciel qu’offrait la verticalité infinie des buildings new-yorkais.

Puis, elle s’élança sur Liberty Street pour rejoindre enfin , un peu plus loin la lumière de Broadway.

 

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Version audio

4commentaires

4Commentaires

  • Mélie Ly - Le 09.10.2017 à 07:15

    Très beau texte traitant de l’actualité et des tabous encore de notre société. Merci pour ce passage.

  • Sabine - Le 09.10.2017 à 07:22

    Un texte beau et touchant qui a le mérite de m ebousculer dans mes représentations.J’ai connu laviolence conjugale, mais allons savoir pourquoi j’avais bêtement tendance à ne pas l’imaginer entre deux femmes.Merci pour ce rappel l’ordre !

  • Herve Hiolle - Le 09.10.2017 à 20:12

    Un instantané de vie, comme surpris à travers une fenêtre, dans l’immeuble d’en face. Est ce réel ou est ce l’interprétation que nous avons faite de ce que nous avons vu par hasard ?…

  • leiloona - Le 10.10.2017 à 13:22

    Oh ton texte est perturbant, comme le dit Sab, on s’imagine toujours les violences entre un homme et une femme … Voici un texte qui a le mérite de me faire réfléchir, oui … Effectivement pourquoi pas entre deux femmes. #Brr